Hervé Gagnon : Post Tenebras Lux

Hervé Gagnon, Damné : L’héritage des cathares, tome 1, Montréal, Hurtubise, 2010, 436 p.
—, Le fardeau de Lucifer, tome 2, Montréal, Hurtubise, 2010, 430 p.
—, L’étoffe du juste, tome 3, Montréal, Hurtubise, 2011, 422 p.
—, Le baptême de Judas, tome 4, Montréal, Hurtubise, 2011, 432 p.

Depuis L’ère du soupçon, on a de la misère à lire. Ici, il faut préciser : on a de la misère à lire des récits traditionnels, à la structure début-milieu-fin, structure tissée serrée comme les grands romans de jadis… Et bla-bla-bla… Où chaque élément sert au récit, à lui donner sa poussée vers l’avant, pour tendre vers une conclusion, englobante, qui n’est pas prévisible, mais plutôt cohérente avec tout ce qui précède..­. Bon, oui, d’accord.

J’ai dévoré des yeux la série Damné d’Hervé Gagnon, embarquée à pieds joints dans le discours proposé, sans me soucier de tout cela. J’ai laissé les considérations théoriques sur le rivage et j’ai plongé tête baissée avec la frénésie du condamné dans un récit totalement hallucinant. Hallucinant, parce que, du début à la fin des quatre livres, il m’a fait oublier complètement mes études littéraires passées pour me donner la fameuse willing suspension of disbelief, que je n’avais pas expérimentée depuis bien longtemps. Surprises, péripéties, actions, événements imprévisibles, vouloir savoir ce qui s’en vient à tout prix, aucun élément gratuit dans l’économie narrative globale de l’œuvre… Hallucinant, par ailleurs, parce que l’histoire est franchement peu commune : une sorte de réécriture de l’histoire des cathares vs les templiers (sanglante et déconseillée aux enfants), décrite avec le souci de l’ethnologue scrutateur et la passion d’un romancier français du 19e siècle. L’ouvrage, tout le long du récit, jusqu’à son apogée, ébranle les fondements de l’Église catholique en remettant en question ses quelques principes d’origines, et tout cela, via la fiction, ou la science-fiction, ou le fantastique, j’aurais peine à classer l’œuvre, tout comme les libraires ont de la difficulté eux-mêmes (tranche de vie : — Excusez-moi, je cherche où se trouvent vos livres d’Hervé Gagnon, les derniers tomes 3 et 4 de la série Damné? — Ah, attendez, le tome 1 était dans « fantastique », avec les Charlaine Harris, je pense, mais là, ils les ont mis dans « science-fiction », je vais vérifier… — Euh… — Bon, il est rendu dans la section des romans québécois… — …).

Un récit cohérent, crédible, tissé serré, une lecture qui ébranle notre culture (la religion catholique n’est sortie des écoles québécoises qu’en 1992, rappelons-le) par le réalisme de ces personnages; un réalisme, une crédibilité, qui tient, en grande partie, par cette habileté du discours narratif où chaque élément mène à la conclusion. Force est de constater, qu’en fait, la fin bouleverse d’autant plus, que la proposition de l’auteur, cette vision du monde particulière, on était prête à la recevoir avec la willing suspension of disbelief

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