L’impossible Murakami : désespoir tranquille

Haruki Murakami, La ballade de l’impossible, Paris, Belfond (10/18, no 4214), 2007 [1987], 446 p.

Dans un avion, une chanson ramène Watanabe à ses souvenirs. Son amour de lycée pour Naoko, hantée comme lui par le suicide de leur ami, Kizuki. Puis sa rencontre avec une jeune fille, Midori, qui combat ses démons en affrontant la vie. Hommage aux amours enfuies, le premier roman culte d’Haruki Murakami fait resurgir la violence et la poésie de l’adolescence. (Quatrième de couverture)

J’ai ouvert ce roman en étant vierge de Murakami, c’est-à-dire que je n’avais rien lu de ou sur l’auteur japonais. Je savais seulement qu’il était prolifique et qu’il venait de conclure une trilogie à succès intitulée 1Q84. Il y a deux mois, j’étais intriguée : je terminais (enfin !) la lecture indispensable 1984 de George Orwell, un classique de science-fiction (toujours d’actualité, avec tout ce qui se passe en politique dernièrement), et je me demandais comment 1Q84 pouvait être lié à l’œuvre d’Orwell… Puisque le premier livre de 1Q84 était manquant sur les tablettes de mon libraire, j’ai acheté un autre ouvrage, La ballade de l’impossible, une jolie petite brique blanche avec une couverture invitante. J’ai dévoré le livre en trois soirées, il y a plusieurs semaines, mais j’étais tellement ébranlée par ce que je venais de lire que j’ai attendu que mon intellect assimile tout cela. Parce que c’est gros à avaler. L’impossible ne s’avale pas en un jour j’imagine. Vous savez ces lectures qui vous fouettent l’esprit et le cœur pendant une bonne semaine entière sans pouvoir passer à un autre bouquin ? (Quitte à le relire…) Je ne sais pas encore très bien ce que ce livre m’a fait, mais c’était physique.

La ballade de l’impossible est une révolution tranquille du cœur sur fond de vagues en apparence toutes calmes. C’est un amoncellement de morts, de suicides, qui se chevauchent avec des petites morts, des orgasmes comme bruits en sourdine, des sexes à bouche que veux-tu… Suicides et sexes. Sexes et suicides. Amours et trains. Amours et suicides… Une époque qui semble impossible. Où tout paraît possible en théorie, où on n’aurait qu’à tendre le bras pour quérir la chose convoitée, mais une époque aux individus sabotés de l’intérieur, par des peurs mécaniques inexplicables. (Et les multiples personnages mis en scène sont fascinants.) Si je parle de vagues en apparence toutes calmes, c’est à cause du style utilisé par Murakami : les comparaisons et les figures apaisantes fusent de partout. Par exemple, un visage beau comme une ombre au soleil couchant, ou « attraper des particules de lumière en suspension dans l’air avec ses doigts » (50), ou bien une ombre fugace qui passe dans l’œil comme un poisson rouge dans l’eau (figures/réalités typiquement japonaises ?)… En fait, aujourd’hui, je ne sais plus vraiment si elles fusent de partout, en farfouillant dans le texte pour trouver des exemples, mais une chose est certaine : avec cette tristesse racontée, exposée, à nue, sans pudeur, je me suis accrochée à ces figures bienfaitrices comme des bouées.

Tout le monde semblait heureux, chacun à sa manière. [...] tout le monde semblait heureux, et cela m’emplit d’un sentiment de tristesse inaccoutumé. J’avais l’impression d’être le seul à me tenir en dehors de ce paysage (128).

Je suis bien heureuse de ne pas avoir su dans quoi je m’embarquais, parce que je n’aurais probablement pas embarqué. Et j’aurais manqué cette errance du cœur et cette vision du monde singulière où l’on n’a qu’à « continuer à avancer » (33).

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