en dehors de ce ciel sans limites

tolstoi

 

« Oui, tout est vanité, tout est mensonge en dehors de ce ciel sans limites. Il n’y a rien, absolument rien d’autre que cela… Peut-être même est-ce un leurre, peut-être n’y a-t-il rien, à part le silence, le repos. »

La Guerre et la Paix, Tolstoï

Neon Genesis Evangelion ou la représentation de la conscience

Une chance que je ne suis pas venue au célèbre anime de science-fiction Neon Genesis Evangelion (ou Evangelion) à l’âge de 15 ans, un anime de mecha classique s’aventurant dans l’intime et l’introspection, comme je l’ai fait pour Akira, car je n’y aurais absolument rien compris à l’époque — comme pour Akira.

L’histoire d’Evangelion

Le récit du 1er au 24e épisode raconte une histoire au sens le plus classique du terme, avec des actions, des événements, un protagoniste, des personnages secondaires, un univers science-fictionnel propre et une tension narrative certaine, des éléments qu’on peut clairement identifier : un adolescent du nom de Shinji, « abandonné » par son père (comme il est écrit dans la Bible : Eli, Eli, lama sabachthani?, « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné? ») est propulsé malgré lui dans une quête qu’il n’a pas souhaité au départ. Classique. En effet, Shinji doit sauver l’humanité de gigantesques êtres surnaturels ANGES en tant que pilote d’une machine humanoïde EVA (oui, les références christiques!). On peut voir la machine mauve EVA ici :

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Rien de bien compliqué jusqu’à présent, donc : présentation d’un univers fictionnel futuriste, de personnages, des attaques contrées, beaucoup de baston! (enlevante), un système narratif efficace de rétention d’informations qui pousse le récit vers l’avant — un énorme mystère entourant les ANGES (mais d’où viennent-ils? pourquoi toute cette destruction?).

Shinji porte en lui le poids de multiples peurs (mais qui n’en a pas, étant adolescent? et même adulte?) : il a peur de la proximité des autres, de la perception des autres, d’avoir mal physiquement et mentalement, d’être abandonné par son père (mais ça, c’est déjà fait : tu as déjà été abandonné.)… Bref, ouais, non, ça ne va pas bien.

La fin qui tue

C’est aux 25e et 26e épisodes que tout s’embrouille. Il faut comprendre le phénomène à l’époque (1995-1996) : la rupture narrative est tellement intense que cela a soulevé un immense cri de protestation chez les fans (autant que la télésérie Dallas et la mort problématique de Bobby aux Amériques)! Au point où ils ont dû produire un film de 1h30 en 1997 pour expliquer la fin de l’anime. Malheureusement, le film ne clarifie rien. Avoir eu le bagage encyclopédique du lecteur de la Josée-de-15-ans, je n’aurais rien compris moi non plus… Aujourd’hui, le contexte est différent. À 36 ans, on a lu et vécu, même s’il reste encore beaucoup à apprendre encore (bon, oui, heureusement).

Où en étions-nous avant les deux derniers épisodes? Et bien Shinji est face à l’absurdité du monde (« Le monde est absurde », comme disait Raskolnikov), de la guerre et de son rôle (immense) à jouer. Jusqu’à présent, le spectateur est confortablement installé dans son sofa et l’enchaînement d’actions et d’événements purs. Aux 25e et 26e épisodes, par contre, ouch.

Dans les deux derniers chapitres d’Evangelion, Shinji, via de multiples scènettes, se trouve notamment face à son « libre arbitre » qui, sous la forme d’un interrogatoire (des voix plurielles lui posent des questions), le déstabilise, le rabaisse, l’humilie, le choque et le blesse cruellement… On nous présente alors des multiples réalités (fictions parallèles accentuant/démultipliant le récit premier de science-fiction) : un changement de narrateur s’opère, un narrateur surgit, sans pitié, posant sous nos yeux des scènes affreuses… Pour ne donner que cet exemple : la tentative de « suicide suggérée » (réalité ou pas, on ne le saura pas ; car dans une autre scènette, on voit Shinji l’étrangler!) de Asuka, autre personnage (relativement principal) féminin, adolescente, quant même notamment évacuée de l’intrigue jusqu’à présent. Ces différentes scènes juxtaposées seraient de fait présentées, imposées, à la conscience de Shinji : on bascule dans la représentation de la conscience de Shinji! On change de plan narratif, on transfère le niveau de fiction*. Le changement brusque d’attitude du narrateur nous laisse croire qu’il s’agit d’une représentation (et quelle représentation magnifique!) de la dépression. Et lorsqu’on fait des recherches sur Internet, on découvre effectivement que le créateur Hideaki Anno a souffert de dépression à cette époque. C’est le paratexte (le Web comme outil paratextuel) qui nous permet cette interprétation.

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Tout le malaise existentiel de Shinji jusqu’à présent évoqué dans les 24 premiers épisodes atteint son paroxysme à la toute fin de l’anime. Au 25e épisode, cela devient explicite : la vérité est qu’il ne s’aime pas, il se déteste**. Cette histoire de science-fiction était un prétexte pour raconter autre chose : A berserk combat for life throught depression (à défaut de pouvoir l’exprimer élégamment en mots français). On sait que le sens du récit réside dans sa fin, qu’on interprète une histoire à partir de sa conclusion. Evangelion est ultimement le récit d’une conscience qui essaie tant bien que mal de se survivre, à travers le chemin de la dépression.

C’est une dépression racontée, une fiction de la maladie, comme si tout cela, l’apocalypse, la fin du monde, se déroulait « dans la tête » de Shinji? (du narrateur?). Il s’opère donc un transfert de l’intrigue principale (repousser les envahisseurs ANGES) vers une intrigue intérieure : la représentation d’un conflit interne (soutenue par multiples dialogues intérieurs et scènettes éclatées).

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Shinji fantasmant l’étranglement d’Asuka, son « Autre » féminin.

Yep. A berserk combat for life throught depression

Osons cette interprétation. Si les envahisseurs ANGES menacent l’univers, qui est en fait la conscience (pensons aux références christiques établies plus haut), ceux-ci pourraient bien figurer les pulsions de mort (Thanatos power!) contre lesquelles le protagoniste doit lutter. Allons plus loin : si Shinji est le Christ, le Sauveur (l’humanité étant alors lui-même), abandonné par son Père, la machine EVA devient alors sa propre croix. Et le narrateur nous montre, nous expose, bien comme mal, le chemin qu’il a parcouru.

Tout cela peut sembler bien déprimant, raconté de la sorte, mais il s’agit d’un des meilleurs animes qu’il m’ait été donné de voir. Pour son histoire, pour sa profondeur, pour ses images percutantes comme seuls-es les Japonais-es savent nous les transmettre.

Il ne faut jamais trahir son coeur, dit la Josée de 36 ans.

Il ne faut jamais abandonner, il ne faut jamais s’abandonner :

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Merci Shinji.

* Lire à ce sujet l’article de Josée Marcotte et René Audet, « La représentation de la conscience : narrativité et poéticité dans Ici de Nathalie Sarraute », Études françaises, Volume 48, no 3, 2012, p. 155-170.

** Tu ne t’aimes pas, Nathalie Sarraute (parution originale en 1989).

Spectacle hypermédiatique #hikikomori

« Hikikomori (Le refuge) », le spectacle hypermédiatique de Joris Mathieu, est présenté du 7 au 11 décembre 2016 à La Villette (superbe vidéo promotionnelle plus bas; j’aimerais tant voir ce spectacle!). Pour les dates de la tournée en France (2017) et la description du projet (structure narrative, installation hypermédiatique…), consultez leur blog de création ici (que l’on pouvait suivre tout au long de l’année 2016) : http://hikikomorilerefuge.blogspot.ca.

Mon entrevue à MAtv : roman Hikikomori

Émission télé Tout le monde tout lu! mangas

En 2008, en France, on a vendu 12,4 millions de mangas. Certes, en France, ce n’est pas un genre marginal. Au Québec, même si nous retrouvons des mangas dans toutes les bonnes librairies, l’engouement pour ces bd de poche n’est pas aussi développé. Toutefois, le manga, ou bande dessinée japonaise, est un phénomène culturel et éditorial qui a influencé l’imaginaire occidental et oriental. Que ce soit au cinéma, dans les jeux vidéos ou à travers la culture «geek», le manga a colonisé l’esprit de toute une génération. Avec Josée Marcotte, auteur du roman «Hikikomori», qui traite du phénomène des jeunes qui s’enferment dans leur chambre et jouent à des jeux vidéos jusqu’à en mourir et Robert-Louis Millin, propriétaire du Manga-Thé, librairie de mangas et salon de thé, que nous avons invité à titre de spécialiste du genre.

Diffusion : MAtv (Vidéotron)

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le fil de la logique

« Tu te serviras du fil de la logique pour te coudre sur le corps, aussi étroitement que possible, tout ce qui donne de la valeur à la vie. »

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Paris, Belfond, 2014, p. 104.

Tu réaliseras alors que la fiction donne de la valeur à la vie.

Rendez-vous littéraire d’auteurs de l’Acadie et du Canada français (Nouveau-Brunswick)

Dans le cadre de son vingt-cinquième colloque, l’Association des professeurs des littératures acadienne et québécoise de l’Atlantique (APLAQA) vous invite à une soirée de lecture

Vendredi, 23 octobre 19h30

Saint John Theater Company Studio 112, rue Princess

Admission : Gratuite

AUTEURS PARTICIPANTS :

Deni Béchard, Québec

Rose Després, Acadie

Éric Kennedy, Acadie

Josée Marcotte, Québec

Jérôme Melançon, Alberta

Laurent Poliquin, Manitoba

Monique Proulx, Québec

Yves Vaillancourt, Québec

RV-NB

2 journées de rencontres prévues en classes universitaires et à la bibliothèque publique francophone les jeudi 22 et vendredi 23 oct. :

un grand merci à Louis BélangerPatrick Bergeron et leur équipe pour cette superbe invitation!

Ce sera l’occasion de discuter d’imaginaires de fin du monde (oh joie!), mondes virtuels, jeux vidéo, Hikikomori (2014), processus narratifs et créatifs, Internet, sous-culture japonaise, mythes, Amazones (2012), geek, féminisme…

hikikomori

 

 

l’installation Chœur(s) — machine à présences poétiques

— Une machine à présences poétiques qui s’appelle Choeur(s)?

— Oui, c’est comme des hologrammes, neuf en tout, avec son, vidéo, et un dispositif numérique qui fait interagir les présences entre elles et avec le public.

— Ok… Et tu es dedans?

— Mon hologramme y est. On le reconnaît facilement, il tient un iPad dans ses mains au lieu de feuilles de papier…

*

À l’initiative des Productions Rhizome, j’ai eu la chance d’en faire partie, avec des poètes que je respecte et j’admire (au total, sept artistes du Québec et deux de la Belgique). Psst, le premier à gauche c’est Jean-Marc Desgent!

Capture d’écran 2015-09-16 à 19.19.16

Chaque poète est jumelé à un artiste sonore :

Annie Lafleur, poète / Meriol Lehmann, artistes audio

Josée Marcotte, poète / Miriane Rouillard, électroacousticienne

Marc-Antoine K. Phaneuf, poète / Simon Elmaleh, musicien et électroacousticien

Alexis Lussier, poète / Mathieu Campagna, compositeur et concepteur sonore

Hervé Bouchard, romancier / Stephan Ink, concepteur sonore

Jean-Marc Desgent, poète / Gauthier Keyaerts, composition, création sonore

Sebastian Dicenaire, poète / Martin Tétreault, platiniste

Werner Moron, poète et performeur / Érick d’Orion, artiste audio

Simon Dumas, poète / Philippe Franck, musicien électronico-analogue

L’installation Choeur(s) sera présentée du 8 au 18 octobre 2015 à la nouvelle Maison de la littérature de Québec dans le cadre de la programmation du festival Québec en toutes lettres. L’installation voyagera ensuite en Europe à l’automne.

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