La distance du narrateur ou le roman-hikikomori : tentative de compréhension d’une poétique du récit

Distance, quand tu nous tiens.

La véritable énigme dans le roman Hikikomori est l’origine de la distanciation de Marie face au réel — et la provenance du fait hikikomori.

On peut facilement établir un parallèle entre la distance éprouvée par le personnage principal (Marie) de Hikikomori et la distance du narrateur-réalisateur (« Coppola-fille », p. 11, Hikikomori) du film Lost in Translation (film préféré du protagoniste). Des étudiants l’ont fait.

Des étudiants en littératures m’ont aussi demandé en 2015, lors d’une conférence à l’Université Laval, à Québec : mais pourquoi Marie ne raconte-t-elle pas TOUT de son voyage? Pourquoi certaines rencontres sont seulement évoquées, et non pas racontées?

Lost in translation

Lost in translation

En dehors de la strate historique du Dit des Heiké (oeuvre qui m’a permis de réfléchir à notre société contemporaine), une des clés de lecture du roman est cette distance entre Marie et le monde dans lequel elle évolue. Celle-ci nous propose une vision du monde qui est disruptive, que le personnage vit et revit comme une étincelle. Car au moindre feu d’une émotion, Marie peut se fermer. Se replier. S’ouvrir, puis se fermer de nouveau. Comme un origami informe à déchiffrer entre les mains d’une enfant.

Loin de ses émotions, loin d’elle-même, Marie est une sorte d’hikikomori « dans sa tête » (p. 18). Les émotions poussées par le vent* s’insinuent néanmoins à travers la pierre du corps, perçant par moments. Et provoquant une minuscule étincelle. Répétée.

Bien qu’elle soit rebaptisée Mari par Kengo (« Vérité » en japonais), la distance de Marie perdure face au « réel », le monde en 3D, et ce, malgré la rencontre de l’Autre, de tous ces Autres, et du voyage. Et cette distance est et demeurera salvatrice pour le personnage, en toute fin du roman (la distance est désirée, souhaitée, dans ce contexte). Marie accepte donc sa dominance cérébrale, ce maturare (mûrir!, ce cri du coeur de M. Teste, de Valéry), si on peut appeler ainsi la dissociation qu’elle ressent par rapport à ses émotions (zénitude?), et sa propre analyse qui en découle…

Il faut savoir que le roman était plus long au départ. Nous avons fait le choix de retrancher une cinquantaine de pages pour créer ce rythme. La forme courte des chapitres est donc voulue, c’est une façon disruptive pour le lecteur de faire face au récit, à la musique, à l’étincelle, à l’histoire racontée de façon éclatée et partielle.

Le narrateur d’Hikikomori ne peut raconter que de cette manière, et cela impose donc une distance (forcée) du lecteur face au récit — l’histoire est alors à re-construire par le lecteur : que faire de ce qu’on vient de lire dans Hikikomori, au terme du voyage? Tout comme Marie peine à donner un sens à la mort de son frère, on demandera les mêmes efforts au lecteur. Et le roman devient lui-même roman-hikikomori (reclus/une unité fragmentée).

J’aime croire, au final, que ce roman est émotion. 

Le roman est émotion, et si son récit est disruptif, c’est que le fragment, lui, est étincelle.

* Ne maudit le vent, car il ne lui appartient de retarder ta chute. (Le Dit des Heiké)

en dehors de ce ciel sans limites

tolstoi

 

« Oui, tout est vanité, tout est mensonge en dehors de ce ciel sans limites. Il n’y a rien, absolument rien d’autre que cela… Peut-être même est-ce un leurre, peut-être n’y a-t-il rien, à part le silence, le repos. »

La Guerre et la Paix, Tolstoï

Spectacle hypermédiatique #hikikomori

« Hikikomori (Le refuge) », le spectacle hypermédiatique de Joris Mathieu, est présenté du 7 au 11 décembre 2016 à La Villette (superbe vidéo promotionnelle plus bas; j’aimerais tant voir ce spectacle!). Pour les dates de la tournée en France (2017) et la description du projet (structure narrative, installation hypermédiatique…), consultez leur blog de création ici (que l’on pouvait suivre tout au long de l’année 2016) : http://hikikomorilerefuge.blogspot.ca.

Mon entrevue à MAtv : roman Hikikomori

Émission télé Tout le monde tout lu! mangas

En 2008, en France, on a vendu 12,4 millions de mangas. Certes, en France, ce n’est pas un genre marginal. Au Québec, même si nous retrouvons des mangas dans toutes les bonnes librairies, l’engouement pour ces bd de poche n’est pas aussi développé. Toutefois, le manga, ou bande dessinée japonaise, est un phénomène culturel et éditorial qui a influencé l’imaginaire occidental et oriental. Que ce soit au cinéma, dans les jeux vidéos ou à travers la culture «geek», le manga a colonisé l’esprit de toute une génération. Avec Josée Marcotte, auteur du roman «Hikikomori», qui traite du phénomène des jeunes qui s’enferment dans leur chambre et jouent à des jeux vidéos jusqu’à en mourir et Robert-Louis Millin, propriétaire du Manga-Thé, librairie de mangas et salon de thé, que nous avons invité à titre de spécialiste du genre.

Diffusion : MAtv (Vidéotron)

hikikomori

le fil de la logique

« Tu te serviras du fil de la logique pour te coudre sur le corps, aussi étroitement que possible, tout ce qui donne de la valeur à la vie. »

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Paris, Belfond, 2014, p. 104.

Tu réaliseras alors que la fiction donne de la valeur à la vie.

Cosplay Imaginaire X

La boutique Imaginaire de Québec est extraordinaire : geeks, otakus, lecteurs, maîtres de donjons, joueurs et collectionneurs y trouvent leur compte d’imaginaire, de fictions, de jeux et d’univers autres. Samedi dernier, le 29 août, avait lieu la dixième édition du Cosplay Imaginaire.

Une femme personnifie Kurosaki Ichigo!

Une femme personnifie Kurosaki Ichigo

Exposants, tirages de prix, concours de costumes, concours de fan-art, entrevues sur scène, réseautage, tout y était pour passer une belle soirée entre passionnés! J’y étais invitée comme exposante pour mon roman Hikikomori (j’y avais fait également mon lancement en octobre 2014.)

Belle et Daenerys

Belle et Daenerys : elles sont magnifiques

Merci à l’équipe pour son invitation à la fête : en tant qu’exposante et créatrice d’ici, j’ai eu la chance de valoriser la geekitude et démontrer que la littérature québécoise peut présenter cette réalité (que l’on soit adolescent/e, dans la vingtaine, ou la trentaine, en fait, il n’y a pas d’âge pour le plaisir de la fiction).

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Cosplay (Josée) Crédit : Imaginaire

Ce n’est pas pour rien que je remercie cette boutique à la fin d’Hikikomori! Ce sont des gens géniaux, comme Alexandre Lachance, qui savent donner conseils, temps et énergie pour faire vivre en plus grand que nature notre côté imaginaire! Vivement l’an prochain.

Des cheveux comme révélateur de puissance dans les animes (I)

Avec la profusion de mangas et d’animes qui sont diffusés chaque année, les mangakas rivalisent d’originalité pour que leurs personnages principaux sortent du lot. Au premier coup d’oeil. Une bonne façon d’y arriver est semblerait-il par les cheveux…

Comment utiliser les cheveux à profit dans le récit? Plus qu’un signe distinctif, la chevelure présente le caractère du personnage mais aussi incarne un véritable révélateur de puissance (et de compétences).

la force est (aussi) dans les cheveux

Bleach

Qu’on pense au personnage de Kurosaki Ichigo, dans l’anime Bleach, qui a naturellement les cheveux orangés, en bataille. Sa force n’est pas uniquement dans son zanpakuto (épée trancheuse d’âme) ou son hollow intérieur (Shirosaki). Ichigo est loyal, impulsif, incontrôlable, rien ne saurait l’arrêter… Bien évidemment, on peut y voir le feu (du combat), la couleur la plus chaude dévoilant la vivacité de son esprit et de sa lame, ce qui le distingue de tous les autres shinigamis (Dieu de la Mort ou Soul Reaper) de l’univers créé par Tite Kubo (ok…, je suis une fan finie de Kuchiki Rukia et des shinigamis; voir aussi l’hypothèse du Dieu de la Mort dans Totoro évoqué dans un autre billet).

JoséeMarcotte_Cosplay_RUKIA

Photo Cosplay 2014, où je personnalise Kuchiki Rukia (!)

attention aux Super Cheveux

L’exemple le plus probant d’utilisation des cheveux comme révélateur de force (à l’excès) appuyant le récit, le propulsant toujours plus vers l’avant, est Dragon Ball, où le personnage se transformant en Super Guerrier (Super Saiyan) se retrouve enfin avec un océan jaune surpuissant de lave qui recouvre tout (alors gare à vous!).

Chaque combat d’un Saiyan (individu de la planète Vegeta) fait accroître la force du personnage. Donc, à chaque bataille, le récit évolue, et les cheveux par la même occasion. Voici un exemple d’état physique du Super guerrier (stade que les plus forts peuvent atteindre) : rien de surprenant ici à ce qu’il puisse faire exploser une galaxie d’un coup de poing.

dragonball

et des cheveux noirs plats? 

Est-ce que des cheveux noirs plats peuvent contribuer au récit? Des cheveux noirs, longs, souples et fins, dans une fiction réaliste cette fois, comme avec le personnage Kisugi Hitomi (ou Tam Chamade) dans Cat’s Eye (série créée par Tsukasa Hojo), peuvent révéler la finesse féline, celle qui permettra d’éviter tous les pièges, de déjouer les embuches pour parvenir à ses fins. Accompagnée de ses deux soeurs, elles sont le trio de voleuses professionnelles, les gymnastes accomplies, qui sauront rebondir comme des chats d’un bâtiment à l’autre dans la ville nipponne (j’ai dit réaliste?) pour fuir la police et en particulier le détective Toshio (Quentin).

cats-eye-dvd

Comment appeler cela? Mise en abîme? Méta? Full métalfiction (blague d’otaku-littéraire)? Josée qui s’emballe et qui exagère? Assurément.