Neon Genesis Evangelion ou la représentation de la conscience

Une chance que je ne suis pas venue au célèbre anime de science-fiction Neon Genesis Evangelion (ou Evangelion) à l’âge de 15 ans, un anime de mecha classique s’aventurant dans l’intime et l’introspection, comme je l’ai fait pour Akira, car je n’y aurais absolument rien compris à l’époque — comme pour Akira.

L’histoire d’Evangelion

Le récit du 1er au 24e épisode raconte une histoire au sens le plus classique du terme, avec des actions, des événements, un protagoniste, des personnages secondaires, un univers science-fictionnel propre et une tension narrative certaine, des éléments qu’on peut clairement identifier : un adolescent du nom de Shinji, « abandonné » par son père (comme il est écrit dans la Bible : Eli, Eli, lama sabachthani?, « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné? ») est propulsé malgré lui dans une quête qu’il n’a pas souhaité au départ. Classique. En effet, Shinji doit sauver l’humanité de gigantesques êtres surnaturels ANGES en tant que pilote d’une machine humanoïde EVA (oui, les références christiques!). On peut voir la machine mauve EVA ici :

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Rien de bien compliqué jusqu’à présent, donc : présentation d’un univers fictionnel futuriste, de personnages, des attaques contrées, beaucoup de baston! (enlevante), un système narratif efficace de rétention d’informations qui pousse le récit vers l’avant — un énorme mystère entourant les ANGES (mais d’où viennent-ils? pourquoi toute cette destruction?).

Shinji porte en lui le poids de multiples peurs (mais qui n’en a pas, étant adolescent? et même adulte?) : il a peur de la proximité des autres, de la perception des autres, d’avoir mal physiquement et mentalement, d’être abandonné par son père (mais ça, c’est déjà fait : tu as déjà été abandonné.)… Bref, ouais, non, ça ne va pas bien.

La fin qui tue

C’est aux 25e et 26e épisodes que tout s’embrouille. Il faut comprendre le phénomène à l’époque (1995-1996) : la rupture narrative est tellement intense que cela a soulevé un immense cri de protestation chez les fans (autant que la télésérie Dallas et la mort problématique de Bobby aux Amériques)! Au point où ils ont dû produire un film de 1h30 en 1997 pour expliquer la fin de l’anime. Malheureusement, le film ne clarifie rien. Avoir eu le bagage encyclopédique du lecteur de la Josée-de-15-ans, je n’aurais rien compris moi non plus… Aujourd’hui, le contexte est différent. À 36 ans, on a lu et vécu, même s’il reste encore beaucoup à apprendre encore (bon, oui, heureusement).

Où en étions-nous avant les deux derniers épisodes? Et bien Shinji est face à l’absurdité du monde (« Le monde est absurde », comme disait Raskolnikov), de la guerre et de son rôle (immense) à jouer. Jusqu’à présent, le spectateur est confortablement installé dans son sofa et l’enchaînement d’actions et d’événements purs. Aux 25e et 26e épisodes, par contre, ouch.

Dans les deux derniers chapitres d’Evangelion, Shinji, via de multiples scènettes, se trouve notamment face à son « libre arbitre » qui, sous la forme d’un interrogatoire (des voix plurielles lui posent des questions), le déstabilise, le rabaisse, l’humilie, le choque et le blesse cruellement… On nous présente alors des multiples réalités (fictions parallèles accentuant/démultipliant le récit premier de science-fiction) : un changement de narrateur s’opère, un narrateur surgit, sans pitié, posant sous nos yeux des scènes affreuses… Pour ne donner que cet exemple : la tentative de « suicide suggérée » (réalité ou pas, on ne le saura pas ; car dans une autre scènette, on voit Shinji l’étrangler!) de Asuka, autre personnage (relativement principal) féminin, adolescente, quant même notamment évacuée de l’intrigue jusqu’à présent. Ces différentes scènes juxtaposées seraient de fait présentées, imposées, à la conscience de Shinji : on bascule dans la représentation de la conscience de Shinji! On change de plan narratif, on transfère le niveau de fiction*. Le changement brusque d’attitude du narrateur nous laisse croire qu’il s’agit d’une représentation (et quelle représentation magnifique!) de la dépression. Et lorsqu’on fait des recherches sur Internet, on découvre effectivement que le créateur Hideaki Anno a souffert de dépression à cette époque. C’est le paratexte (le Web comme outil paratextuel) qui nous permet cette interprétation.

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Tout le malaise existentiel de Shinji jusqu’à présent évoqué dans les 24 premiers épisodes atteint son paroxysme à la toute fin de l’anime. Au 25e épisode, cela devient explicite : la vérité est qu’il ne s’aime pas, il se déteste**. Cette histoire de science-fiction était un prétexte pour raconter autre chose : A berserk combat for life throught depression (à défaut de pouvoir l’exprimer élégamment en mots français). On sait que le sens du récit réside dans sa fin, qu’on interprète une histoire à partir de sa conclusion. Evangelion est ultimement le récit d’une conscience qui essaie tant bien que mal de se survivre, à travers le chemin de la dépression.

C’est une dépression racontée, une fiction de la maladie, comme si tout cela, l’apocalypse, la fin du monde, se déroulait « dans la tête » de Shinji? (du narrateur?). Il s’opère donc un transfert de l’intrigue principale (repousser les envahisseurs ANGES) vers une intrigue intérieure : la représentation d’un conflit interne (soutenue par multiples dialogues intérieurs et scènettes éclatées).

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Shinji fantasmant l’étranglement d’Asuka, son « Autre » féminin.

Yep. A berserk combat for life throught depression

Osons cette interprétation. Si les envahisseurs ANGES menacent l’univers, qui est en fait la conscience (pensons aux références christiques établies plus haut), ceux-ci pourraient bien figurer les pulsions de mort (Thanatos power!) contre lesquelles le protagoniste doit lutter. Allons plus loin : si Shinji est le Christ, le Sauveur (l’humanité étant alors lui-même), abandonné par son Père, la machine EVA devient alors sa propre croix. Et le narrateur nous montre, nous expose, bien comme mal, le chemin qu’il a parcouru.

Tout cela peut sembler bien déprimant, raconté de la sorte, mais il s’agit d’un des meilleurs animes qu’il m’ait été donné de voir. Pour son histoire, pour sa profondeur, pour ses images percutantes comme seuls-es les Japonais-es savent nous les transmettre.

Il ne faut jamais trahir son coeur, dit la Josée de 36 ans.

Il ne faut jamais abandonner, il ne faut jamais s’abandonner :

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Merci Shinji.

* Lire à ce sujet l’article de Josée Marcotte et René Audet, « La représentation de la conscience : narrativité et poéticité dans Ici de Nathalie Sarraute », Études françaises, Volume 48, no 3, 2012, p. 155-170.

** Tu ne t’aimes pas, Nathalie Sarraute (parution originale en 1989).

Mon entrevue à MAtv : roman Hikikomori

Émission télé Tout le monde tout lu! mangas

En 2008, en France, on a vendu 12,4 millions de mangas. Certes, en France, ce n’est pas un genre marginal. Au Québec, même si nous retrouvons des mangas dans toutes les bonnes librairies, l’engouement pour ces bd de poche n’est pas aussi développé. Toutefois, le manga, ou bande dessinée japonaise, est un phénomène culturel et éditorial qui a influencé l’imaginaire occidental et oriental. Que ce soit au cinéma, dans les jeux vidéos ou à travers la culture «geek», le manga a colonisé l’esprit de toute une génération. Avec Josée Marcotte, auteur du roman «Hikikomori», qui traite du phénomène des jeunes qui s’enferment dans leur chambre et jouent à des jeux vidéos jusqu’à en mourir et Robert-Louis Millin, propriétaire du Manga-Thé, librairie de mangas et salon de thé, que nous avons invité à titre de spécialiste du genre.

Diffusion : MAtv (Vidéotron)

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Des cheveux comme révélateur de puissance dans les animes (I)

Avec la profusion de mangas et d’animes qui sont diffusés chaque année, les mangakas rivalisent d’originalité pour que leurs personnages principaux sortent du lot. Au premier coup d’oeil. Une bonne façon d’y arriver est semblerait-il par les cheveux…

Comment utiliser les cheveux à profit dans le récit? Plus qu’un signe distinctif, la chevelure présente le caractère du personnage mais aussi incarne un véritable révélateur de puissance (et de compétences).

la force est (aussi) dans les cheveux

Bleach

Qu’on pense au personnage de Kurosaki Ichigo, dans l’anime Bleach, qui a naturellement les cheveux orangés, en bataille. Sa force n’est pas uniquement dans son zanpakuto (épée trancheuse d’âme) ou son hollow intérieur (Shirosaki). Ichigo est loyal, impulsif, incontrôlable, rien ne saurait l’arrêter… Bien évidemment, on peut y voir le feu (du combat), la couleur la plus chaude dévoilant la vivacité de son esprit et de sa lame, ce qui le distingue de tous les autres shinigamis (Dieu de la Mort ou Soul Reaper) de l’univers créé par Tite Kubo (ok…, je suis une fan finie de Kuchiki Rukia et des shinigamis; voir aussi l’hypothèse du Dieu de la Mort dans Totoro évoqué dans un autre billet).

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Photo Cosplay 2014, où je personnalise Kuchiki Rukia (!)

attention aux Super Cheveux

L’exemple le plus probant d’utilisation des cheveux comme révélateur de force (à l’excès) appuyant le récit, le propulsant toujours plus vers l’avant, est Dragon Ball, où le personnage se transformant en Super Guerrier (Super Saiyan) se retrouve enfin avec un océan jaune surpuissant de lave qui recouvre tout (alors gare à vous!).

Chaque combat d’un Saiyan (individu de la planète Vegeta) fait accroître la force du personnage. Donc, à chaque bataille, le récit évolue, et les cheveux par la même occasion. Voici un exemple d’état physique du Super guerrier (stade que les plus forts peuvent atteindre) : rien de surprenant ici à ce qu’il puisse faire exploser une galaxie d’un coup de poing.

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et des cheveux noirs plats? 

Est-ce que des cheveux noirs plats peuvent contribuer au récit? Des cheveux noirs, longs, souples et fins, dans une fiction réaliste cette fois, comme avec le personnage Kisugi Hitomi (ou Tam Chamade) dans Cat’s Eye (série créée par Tsukasa Hojo), peuvent révéler la finesse féline, celle qui permettra d’éviter tous les pièges, de déjouer les embuches pour parvenir à ses fins. Accompagnée de ses deux soeurs, elles sont le trio de voleuses professionnelles, les gymnastes accomplies, qui sauront rebondir comme des chats d’un bâtiment à l’autre dans la ville nipponne (j’ai dit réaliste?) pour fuir la police et en particulier le détective Toshio (Quentin).

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Comment appeler cela? Mise en abîme? Méta? Full métalfiction (blague d’otaku-littéraire)? Josée qui s’emballe et qui exagère? Assurément.

#GameOnMTL : le juste milieu

[digression] Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Snoopy… J’adore la fiction de Schulz, la petite comédie humaine qu’il a su créer (on le voit bien dans mon premier blogue/roman Marge). Merci Schulz!

[good grief] Si j’étais de passage à Montréal le weekend dernier, ce n’était pas pour Heavy Montreal, mais entre autres pour Game On Montreal, l’exposition temporaire présentée au Centre des sciences. L’histoire des jeux vidéos, avec plus de 100 stations de jeux pour expérimenter une panoplie de consoles et de jeux, rien de moins!

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On pouvait y voir le tout premier jeu vidéo, datant de 1972. Les deux barres et sa boule mythiques lumineuses sur fond sombre pour simuler le tennis… Je vais toujours me rappeler de mon père, qui disait avoir acheté ce jeu et joué très souvent avec ma mère, au début de leur rencontre, et de sa déception quand il répétait s’être débarrassé du jeu avant leur mariage (encore super neuf! et avec sa boîte! good grief : sa boîte originale!).

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Des fantômes du Magnavox Odyssey au débarras, en passant par le Commodore 64, jusqu’au premier Nintendo, Sega Genesis, GameCube, PlayStation et cie. Je reconnais tout cela pour avoir eu la chance d’en avoir à la maison. On se souviendra du Load « * »8,1 encore longtemps.

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Certains jeux sont plus marquants que d’autres, dont un jeu de Barbie sur le Commodore 64, les California Games et Tetris sur Nintendo, Resident Evil sur PlayStation 1, Katamari Damacy sur PlayStation 2… et tellement d’heures de jeux accumulées avec les années, et encore aujourd’hui ça n’arrête pas…

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Si j’ai créé le personnage de Marc, dans mon dernier roman Hikikomori, c’est en grande partie pour mon intérêt pour les jeux vidéos. Marie et Marc sont jumeaux, et en même temps une sorte de double de l’auteur : deux faces qui représentent deux postures extrêmes face aux jeux ou à la vie en général… L’excès (Marc) et la distance (Marie). Il faut trouver le juste milieu, comme dans n’importe quelle passion. On ne saurait jouer 24/24 sans conséquence… Comme on ne saurait écrire des romans 24/24 sans conséquence.

Le rôle du ménage chez Miyazaki

Alors que Disney annonce la sortie prochaine d’un coffret blu-ray collector Hayao Miyazaki, comme à chaque été, je réécoute tous mes classiques Miyazaki (Père et fils) de ma vidéothèque perso. À chaque saison son ambiance propre et sa fiction la plus importante : si l’automne et sa grisaille de novembre font toute la place au Mordor et à la trilogie de Tolkien par Peter Jackson, je dirais que l’été appartient à Miyazaki et aux films du Studio Ghibli, où les histoires sentent le ramen, la sauce soya, les poissons en friture, les couchers de soleil et la poussière de magie. Les repas, ou plutôt la préparation des repas, jouent un rôle primordial chez Miyazaki, peut-être que j’y reviendrai, mais ce qui m’a saisi le plus dernièrement, c’est le ménage comme accélérateur et pivot du récit.

du ménage pour dépoussiérer un coeur

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C’est en regardant Le château ambulant (Hayao, 2004) la semaine dernière et La colline aux coquelicots (Goro, 2011 : vu 3 fois depuis la semaine passée, oui, oui!), que j’ai réalisé la grande place que prenait le ménage dans ces deux films. Dans Le château ambulant, une histoire pleine de magie, c’est Mamie Sophie qui débarque sans cogner par soir de grand vent, jeune femme frappée par un sort de vieillesse, mais non désoeuvrée, parce qu’il y a tout à remettre en ordre dans ce château! Et dans cette histoire, ranger et nettoyer de fond en comble peut facilement vouloir dire dépoussiérer et remettre de l’ordre dans le coeur du magicien Hauru… et précipiter les actions qui s’ensuivent…

du ménage qui sauve les meubles

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Sept ans plus tard, la thématique est reprise par Miyazaki-fils dans une fiction réaliste cette fois, La colline aux coquelicots : Umi, une jeune lycéenne, propose de faire un grand ménage du foyer des étudiants du Quartier latin pour éviter la démolition du bâtiment (devant faire place à une nouvelle construction). Une idée de génie qui va sauver les meubles (et pas que)! Dans les deux oeuvres, c’est la femme qui, de son propre chef, arrive avec sa solution (le ménage), qui précipite les actions et les événements, vers une conclusion (heureuse).

du ménage qui bouscule l’univers en place

Cela n’est pas sans rappeler le ménage au début de Mon voisin Totoro (Hayao, 1988), où Mei, quatre ans, et sa grande soeur Satsuki, ouvrent les portes et les placards et bousculent les noiraudes (ces minuscules boules de suie aux yeux blancs qui se cachent dans les recoins de la maison pour vous surprendre!), qui lancent alors le récit dans un univers onirique… (une histoire magnifique avec multiples interprétations possibles, dont celle selon laquelle Totoro incarnerait le Dieu de la Mort : j’aime bien celle-ci, riche de sens!)

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Chez Miyazaki, si on associe la femme au ménage, c’est davantage d’un point de vue métaphorique (Le château ambulant) et pour propulser le récit vers l’avant plutôt que pour cantonner consciemment la femme dans un rôle traditionnel… Le ménage est une scène-pivot, dont la femme est plus souvent qu’autrement l’instigatrice. Et vive le ménage!

Entrevue radio CKIA 88,3 à l’émission Épilogue : à propos du roman HIKIKOMORI

Pour écouter l’entrevue réalisée à l’émission Épilogue de CKIA 88,3 du dimanche 16 novembre, cliquez ici; j’ai eu bien du plaisir avec l’équipe de CKIA à parler du Japon, des gamers et de l’écriture du roman!

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Salon du livre de Montréal : horaire Hikikomori #SLM2104

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Lancement à L’Imaginaire de Laurier Québec, 9 nov. 2014.

Je serai au stand de L’instant même (400) au Salon du livre de Montréal pour mon dernier roman Hikikomori.

Horaire :

Samedi 22 novembre
de 16 h à 18 h

Dimanche 23 novembre
de 12 h à 14 h